Les escrocs du marriage

par Zainab bint Younus

Les communautés musulmanes à travers le monde sont confrontées à plusieurs défis, venant aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. Certains problèmes comme la pauvreté ou la toxicomanie concernent toutes les races et religions. Cependant, la communauté musulmane a des problèmes qui lui sont uniques aussi un phénomène particulier a vu le jour, à savoir l’« escroquerie au mariage ».

Cette traîtrise survient quand des musulmans qui se prétendent instruits et pieux, s’en prennent à des femmes vulnérables et les persuadent au mariage, dans le seul but de les utiliser et de les malmener, pour malheureusement les abandonner par la suite. Certains de ces individus ont marié et divorcé des femmes un nombre incalculable de fois, les faisant circuler parmi leurs amis, traitant la femme comme un produit jetable.

Il s’agit d’une pratique infâme qui maltraite et démolit les musulmanes, qui détruit de nombreux foyers, qui marque profondément tout une génération d’enfants et qui détourne de l’Islam des musulman(e)s autrefois si sérieux.

L’idéologie de ces conduites n’a aucune base religieuse et encore moins de justification quoiqu’on en dise, de même pour la déformation et utilisation du Dîne pour excuser l’exploitation de femmes naïves et candides.

L’« escroquerie au marriage » n’est pas une mince affaire, elle implique des violences psychologiques, émotionnelles et physiques ; de la manipulation, une tromperie évidente, de l’imposture et le pire de tout, un manque total de dignité et responsabilité devant Allah, autrement dit un manque de taqwa.

Cibles et tactiques

En ces temps où le mariage est un sujet brûlant parmi les générations de musulmans, où le jeune croyant trouve difficile de de trouver des époux(ses) convenables, la femme demeure fatalement le maillon le plus vulnérable. Pressées par la famille ou bien par la communauté, ou simplement muées par le désir de satisfaire la sounnah du marriage, beaucoup de femmes oublient de prendre les précautions nécessaires lors du choix d’un mari.

Fort de son expérience avec les « escrocs du marriage » et leurs victimes, Chaykh Younus a remarqué que certaines femmes risquaient tout particulièrement d’être ciblées par ces prédateurs : il s’agit des converties/reconverties à l’Islam ainsi que les nouvelles pratiquantes, et tout particulièrement celles ayant des familles non-musulmanes ou non-pratiquantes.

Certaines femmes se sont tournées vers l’Islam après plusieurs expériences au cours de leurs vies, y compris des relations maritales avec enfants issues de ces relations. Dans leurs efforts de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs enfants, et souvent ayant une vue d’ensemble plutôt naïve de ce que les mariages musulmans sont, elles s’empressent d’accepter les demandes de mariage sans approfondir les antécédents de ces prétendants. Certaines de ces femmes ont parfois d’autres soucis qui font qu’elles se sentent « moins dignes » à faire leurs « difficiles » pour accepter leurs époux, des soucis comme des problèmes mentaux, l’instabilité financière, ou même des questions d’images de soi. 

Malheureusement, les prédateurs savent exactement ce qu’ils doivent chercher, ils savent ce qu’il faut dire et ce qu’il faut faire pour persuader ces femmes d’accepter le mariage. Dans certains cas, ils trouvent leurs victimes sur internet, sur les forums « islamiques » et sur les réseaux sociaux facebook/twitter, ces messieurs atteindront les femmes qui à la base recherchent la science islamique et une relation affective basée sur le Dîne.

Les prédateurs insistent fortement sur le mariage et la polygamie (polygamie), et rappèleront ces sœurs que leurs « places » est à la maison en tant que femme et mère.

D’autres assaillants essaient une méthode qui a fait ses preuves dans leurs communautés. Ils utilisent la femme d’un ami qui est à l’affût et qui devient amie avec de nouvelles sœurs qui ont joint la communauté, en créant une relation amicale et les encourageant progressivement de marier « un frère pieux que mon mari connaît ».

Une tactique très fréquente de ces prédateurs est la manipulation émotionnelle et religieuse : mettre la pression à ces femmes de se marier rapidement pour « accomplir la sounnah » et de « protéger leurs désirs ». Pour des femmes qui aspirent à avoir une stabilité et un compagnon pour la vie, la combinaison du chantage émotionnel (une femme qui ne se marie pas rapidement n’est pas une bonne musulmane) et des flatteries (« tu es si pieuse, on doit se marier pour que je puisse me protéger!) peut s’avérer très persuasif !

Quand elles sont approchées par ces hommes qui promettent de donner un « foyer islamique heureux », que leurs beautés résident dans le Dîne plutôt que dans les apparences, qui les convainquent que la polygynie est une sounnah qu’elles doivent appliquer, beaucoup de musulmanes se laissent convaincre qu’il s’agit d’un mariage parfait et elles acceptent la demande en mariage.

Signaux d’alerte

Presque tous ces escrocs du mariages ont des comportements qui devraient alerter toute musulmane qui aspire à se marier.

D’abord, il est dit à la femme que son Walî est soit inadéquat (car pas assez pratiquant, n’acceptant pas le prétendant, ou juste « rendant le mariage sunnah difficile pour aucune raison ») ou soit invalide (en particulier pour les musulmanes avec parents et familles musulmanes). L’homme convaincra par la suite qu’ils ont une meilleur personne qui agira comme le wali, très souvent un de ses amis proche.

On dit aussi à beaucoup de ces femmes que de demander un mahr de quelque montant qui soit est erroné, ou contre la sounnah. Le hadith qui dit que le mariage le plus béni est celui qui a le mahr le plus accommodant est répété à foison et est utilisé pour culpabiliser ces femmes qui pourraient demander une quelconque somme d’argent.

Le droit pour la femme d’avoir un walî qui pense à son meilleur intérêt pour elle, et à une mahr appropriée sont des droits inaliénables que la Chari’ah lui a donné. Aucune femme ne devrait être forcée à renoncer ces droits qu’Allah Lui-même lui a conféré !

La tromperie continue

Malheureusement, les abus ne font que continuer et s’accentuer quand la femme accepte le mariage. Dans beaucoup de cas, elle comprend qu’on lui a menti sur toute la ligne, qu’elle n’est ni la première femme ni la seule femme, mais que l’homme en a juste marié une de plus. Dans d’autres cas, on lui dira qu’en tant que seconde (ou troisième ou quatrième) femme, elle doit subvenir à ses propres besoin ou venir vivre dans le foyer avec les co-épouses et de tout « partager » !

D’autres femmes se retrouvent non seulement à s’occuper d’elles-mêmes et des enfants qu’elles avaient déjà, mais aussi de ces prédateurs. Certains prédateurs dissimulent leurs passés délictuels ou l’absence d’éducation/de diplômes jusqu’à ce que le nikah ait été fait, puis informent leurs femmes qu’ils ne peuvent travailler et subvenir aux besoins. Ils rétorquent que parce qu’ils « recherchent la science » (souvent sur internet…), c’est à la femme de les aider, souvent financièrement. Si la femme se plaint ou conteste, elle est accusée d’être une femme désobéissante et de causer des problèmes. Les recommandations initiales de rester à la maison sont alors vite oubliées !

Il n’y a pas que le volet financier où ces femmes sont victimes dans ces mariages. Les sévices mentaux et chantages psychologiques sont courants, en plus des violences physiques et sexuelles. Les victimes sont souvent incapables de partager leurs vécues ou de recevoir l’assistance nécessaire pour se remettre de ces épisodes traumatisants. À la place, à cause de la stigmatisation et des tabous liés à ces problèmes, les femmes qui délaissent ces mariages abusifs ou qui en parlent publiquement sont ostracisées dans leurs communautés.

En plus de se retrouver utilisées et abusées, ces femmes sont aussi abandonnées. Dans certains cas, les femmes sont divorcées pour la seule raison que leurs oppresseurs en ont assez d’elles ou parce qu’ils sont intéressés par une autre proie. D’autres se retrouvent enceintes et sont divorcées, sans pension alimentaire et sans reconnaissance de l’enfant par le père.

Perte de foi

Comme pour chaque abus, il y a des marques profondes chez les victimes, les femmes mais aussi leurs enfants. Une des conséquences les plus terribles chez ces victimes est qu’à travers tous ces cercles vicieux, la femme ou l’enfant associeront l’Islam aux abus qu’ils ont connu. Ce qui a pour résultat qu’elles perdent de la ferveur à pratiquer l’Islam, ou même apostasient en gardant une image entièrement négative de l’islam.

Moins drastique mais tout aussi douloureux, ces femmes se sentent utilisées et rejetées, par le fait que leurs droits islamiques ont été violés et qu’elles n’ont aucun recours. Certaines deviennent complètement épouvantées à l’idée d’un remariage et voient tous les hommes musulmans comme des prédateurs et des oppresseurs.

Comment éviter le piège

Avoir un walî est le droit d’une musulmane, c’est un gardien qui retient le meilleur intérêt pour elle. Ainsi faites en sorte que votre walî soit quelqu’un qui se soucie réellement de vous et que vous pouviez placer votre confiance en lui.

Posez des questions ! Ne tombez pas dans le mariage aveuglément. Soyez conscientes du type de la personne que vous considérez. Enquêtez, demandez au wali de questionner les personnes, et ne faites confiance à personne par naïveté.

N’abandonnez pas la mahr (dote). Encore une fois, c’est le droit de la musulmane que personne ne peut lui enlever. Soyez raisonnable, mais ne soyez pas intimidée à ne demander qu’une mahr symbolique, à moins que vous en soyez absolument sûre.

Rester patient n’équivaut pas à de la souffrance gratuite. Restez vigilante à bien faire la distinction entre la difficulté de couple et l’oppression par quelqu’un qui refuse vos droits islamiques. Si votre mari vous abuse mentalement, émotionnellement ou physiquement, ne le tolérez pas. Cherchez l’aide de l’imam ou de sœurs qui trouveront le moyen adéquat pour vous aider.

Il est plus que temps pour la communauté musulmane de reconnaître que des prédateurs se cachent parmi nous et que l’on doit défendre l’intérêt de nos sœurs. Le Prophète ﷺ a dit « Aidez votre frère qu’il soit l’oppresseur ou l’oppressé », et il ﷺ  d’expliquer qu’aider l’oppresseur s’effectue en arrêtant son oppression.

Qu’Allah nous permette d’observer la Justice et nous donne le courage de combattre le mal où qu’il se trouve.

 

Traduit de Exposing the Marriage Bandits, par Zainab bint Younus, http://thesalafifeminist.blogspot.fr/2012/10/marriage-bandits.html, consulté le 02/07/2014

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Publié le 15/12/2014, dans Uncategorized, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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