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Organismes musulmans agrées par l’État Français pour la réduction d’impôts

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Nous autres musulmans sommes une communauté tournée vers le don. Que ce soit par la zakât ou la sadaqah, les musulmans donnent une bonne part de leurs argents en aumône et il ne serait pas surprenant de découvrir que nous sommes la première communauté à faire des dons, comme en Grande-Bretagne.

Des versements sous forme de dons ou de cotisations à certains organismes d’intérêt général peuvent donner lieu à une réduction d’impôt sur le revenu si cet organisme œuvre pour le bien de la société.

La réduction d’impôts pour les particuliers est encadrée par
l’article 200 (et 200-bis) du code général des impôts. Ses principales
conditions sont les suivantes :

  • la réduction d’impôt est de 66 % (75% pour le Secours Islamique) et jusqu’à 530 € pour les dons aux associations qui viennent en aide aux personnes en difficulté en France ou à l’international) ;
  • le don ne doit pas excéder 20 % du revenu imposable ;
  • l’excédent est reporté sur les cinq années suivantes et donne droit
    à une réduction d’impôt dans les mêmes conditions.

Ci-dessous les les organismes musulmans qui se déclarent être agrées par l’État et
qui semblent bénéficier la communauté en raison de leurs activités.
Avant de donner à vous de vérifier le projet, le dynamisme et le sérieux de l’association
Certains acceptent l’argent des intérêts bancaires, d’autres non.

NB : d’autres associations non agrées par l’état font néanmoins un travail formidable de terrain, ne les oubliez surtout pas. Tout n’est pas question de €€€.

Éducation

Humanitaire

Religieux

Société

Liste d’associations obtenues via l’excellent site Deen de Confiance. Si vous en connaissez d’autres, laissez leurs noms et coordonnées ci-dessous dans les commentaires.

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À propos de la salafiyyah : points positifs et négatifs

Traduit partiellement d’un article de Yasir Qadhi

1) Aspects positifs du salafisme

 

Le salafisme en tant que méthodologie cherchant à retrouver une version immaculée de l’islam, a été une force positive. Il fut un temps dans les années 90 quand la méthodologie salafie, propagée par des personnalités populaires, attirait de larges pans de la jeunesse musulmane en raison des points positifs suivants retrouvés dans le salafisme :

1) La primauté des Textes Sacrés. La méthodologie salafie d’avoir recours au Qour’âne et à la Sounnah engage les musulmans à approcher les textes sacrés pour la guidance et la compréhension, et non pas seulement pour un gain spirituel. Ceci contraste vivement avec d’autres écoles traditionalistes qui découragent leurs adhérents d’en dériver quelconque sens ou règle par peur de mal les interpréter.

2) Encourage la critique des traditions et du folklore culturel à la lumière du Qour’âne et de la Sounnah, avec une emphase marquée pour l’évidence solide, à l’opposé de ce que chaykh untel et untel a dit ou de ce que faisaient les anciens. En tant que tel, le salafisme apparait comme libérateur des limites de l’islam culturel et offre ainsi une avenue vers un Islam authentique et universel qui transcende le temps et l’espace, fidèle à l’islam pratiqué du temps de la Révélation.

3) Il fuit le mélange des pratiques superstitieuses de la version populacière de l’islam, comme les vénérations illégitimes de saints ou l’invocation d’autres qu’Allah pour ses besoins. À cet regard, on peut dire que le salafisme veut offrir un cadre immaculé et sûr dans lequel les rituels de l’islam devraient être effectués.

4) L’authentification des hadith. Un effet indéniable qu’a eu le salafisme sur la plupart des autres mouvements islamiques est la nécessité de vigilance concernant l’authenticité des hadith. Même ceux qui s’opposent au salafisme sont dorénavant plus précis et attentifs quand ils citent les hadith dans leurs livres, en vérifiant les jugements des savants traditionnels et médiévaux. C’est une contribution extrêmement positive, qui peut d’ailleurs être considérée comme l’héritage du défunt chaykh Al-Albani et de ses écrits.

5) Une vulgarisation générale et compréhensive des branches académiques de l’islam. Un salafi moyen a connaissance du rôle des oussoul al-fiqh, de l’importance du mustalah al-hadith, de la structure basique et de la portée des ‘ouloûm al-Qour’âne, etc. On pourrait dire sans se risquer que le suiveur moyen du salafisme est plus informé des disciplines académiques façonnant Islam que le suiveur moyen des autres courants.

6) Les salafis ont une théologie pure et attrayante. N’importe quel chercheur instruit et objectif dira que le crédo Athari est le plus primitif des crédos sunnites, prédatant les crédos basés sur le kalâm des Achâ’irah et des Mâturîdiyyah. Cela se vérifie dans de nombreux traités de théologie qui existent encore et qui datent de la fin du 2e siècle et du début du 3e siècle islamique, certains précédant la ‘aqîdah al-tahâwiyyah. Le crédo atharite était le courant dominant de l’islam sunnite dans le 4e et 5e siècle islamique et bien qu’il vint à être limité à l’école hanbalite du 6e siècle du fait de changements politiques, il reçut une régénération de la part de l’éternel prodige Ibn Taymiyya, duquel le courant continue de recevoir de la vitalité.

7) La dissémination de la connaissance islamique et la revitalisation des librairies islamiques. Le salafisme a contribué immensément à la recherche via l’imprimerie de masse de milliers de manuscrits édités, et ce dans toutes les sciences de l’islam. Mêmes les détracteurs du salafisme ont recours aux livres imprimés par les maisons d’édition salafies, et les doctes continuent de tirer avantage de leurs moteurs de recherche, des bases de données électroniques et des forums. N’importe quelle librairie islamique dans le monde aujourd’hui aura une bonne part de travaux édités et imprimés par les salafis parce que l’intérêt du salafisme se porte sur la tradition classique de l’islam.

8) L’évitement de la plupart des actes de chirk et de bid’ah (innovations dans la religion) dans ses rituels. Quelques soient ses défauts, dans l’ensemble, le mouvement salafi a su éviter de tomber dans la plupart des catégories du chirk, et sa vigilance excessive contre les innovations lui a garantie une pureté enviable dans les rituels de pratique islamique. Errer sur le côté de la prudence excessive (bien que nul doute contestable en soi) sauve le crédo salafi des exemples d’hérésies plus monstrueux dont la plupart des autres mouvements souffrent.

 

En raison de tout cela, on peut affirmer que le salafisme est un mouvement orienté dans la dynamique, voulant responsabiliser les individus musulmans en donnant un accès direct au Qour’âne et à la Sounnah, et donc équiper ses adhérents avec la connaissance permettant ainsi de défier le despotisme, de remettre en cause l’allégeance aveugle et de rectifier la dénaturation faite par des chefs sectateurs.

Pas étonnant alors que le salafisme, en tant que méthodologie, attire les personnes à l’esprit rationnel et curieux, et qu’il s’ajuste aisément avec la fitrah humaine (nature primordiale).

 

2) Quelques critiques du mouvement

 

Le courant salafi, comme tous les autres courants, est faillible de même que ses adhérents. Cette notion immatérielle du salafisme n’existe pas en dehors du monde réel et tangible que nous connaissons, et puisque tous les humains sont sujets à erreur et aux incohérences, le mouvement salafi a aussi rencontré certaines erreurs et incohérences dans sa revendication de suivi des premières générations.

La compréhension des salafs incluent beaucoup de questions fondamentales qui sont complètement négligées par les groupes salafistes contemporains, et parfois même contredites. En outre, il y a un défaut méthodologique dans la tentative d’extrapoler la position salafie (càd une position que les salafs avaient) à propos d’une question moderne à laquelle les salafs n’ont jamais été confrontés. La position salafiste (celle retenue par certains savants du mouvement moderne salafi) concernant la citoyenneté dans les état-nations, le rôle de la femme dans la société d’aujourd’hui, la permission du vote et la question du jihad dans le monde moderne, etc. ne sont que des opinions personnelles (fatwas) des savants qui les prononcent et ne peuvent être représentatives des opinions des trois premières générations de l’islam.

Une remarque importante avant que je ne débute ma liste : alors que je liste ces points, je souligne que pour chacun d’entre eux on peut trouver plein d’exceptions à un niveau individuel, et même dans certaines courants du salafisme. Ces points sont rapportés d’un point de vue holistique, tout en sachant qu’il y a des problèmes inhérents associés à de telles généralisations. Alors que les points positifs que j’ai listé dans la section précédente sont retrouvés dans tous les courants, les points négatifs qui suivent ne sont pas aussi universels ni explicitement encouragés pour la plupart.
Néanmoins je maintiens que les critiques qui suivent sont observables dans les courants du mouvement globalement, et les exceptions (et elle sont nombreuses) sont aussi là parce que ces individus qui en sont libres ont réussi à surmonter ces problèmes dans des façons que le mouvement dans son ensemble n’adopte pas ou n’enseigne pas.

Je dois aussi énoncer que parmi les premières raisons de ce listage des critiques est pour que les salafis eux-mêmes puissent approfondir et finalement travailler à leurs minimisations. Je prie qu’un temps vienne où ces critiques généralisées deviennent les exceptions ; seulement alors que j’écris ces lignes, ces critiques sont prévalentes et symptomatiques de la plupart des sous-groupes salafis.

Les problèmes les plus notables du mouvement salafi sont :

1) La relégation de la théologie à des doctrines théoriques et abstraites qui sont tangentes au message de l’Islam, au point que la théologie abstraite et les traités de croyance rédigés par des hommes éclipsent tous les autres aspects de l’islam.

Les salafis catégoriseront régulièrement les autres musulmans au dépens d’autres problèmes bien plus graves. Le but du crédo Athari est de développer une relation forte avec Allah. Le Tawhîd d’Allah et de ses Attributs ne devrait pas être en premier lieu de débattre du fait qu’Allah a un Yad ou de la nature du Trône… il s’agit d’augmenter notre évocation d’Allah, de le glorifier plus, de l’adorer correctement et sincèrement, en se concentrant sur les actions que ces Noms et Attributs Sublimes nous inspirent. La simple affirmation correcte de la doctrine théorique n’implique pas nécessairement d’être un musulman plus vertueux. On ferait bien de se rappeler qu’Allah ne questionnera pas le musulman de base sur les questions abstraites de théologie, mais l’interrogera sur les actes obligatoires de la spiritualité et de la religion.

2) Une hésitation infondée à adhérer au tazkiya al-nafs et le peu d’intérêt dans le développement spirituel. C’est une réalité indéniable que dans son ensemble, le mouvement salafi a échoué à mettre l’accent sur la spiritualité authentique ou tazkiya al-nafs. Et pourtant c’est un concept coranique, qui fait l’objet d’un consensus vaste, et d’ailleurs à quoi correspond le ihsân dans le célèbre hadith de Jibrîl, si ce n’est la tazkiya al-nafs ? La préoccupation des salafis avec les sciences avancées telle que le jarh wa-l-ta’dil en lieu du besoin basique de la purification spirituelle explique le phénomène de « salafi burn-out », une tendance observable chez certains qui délaissent le salafisme pour soit adhérer à d’autres courants islamiques (typiquement le soufisme, ce qui révèle ce qui leur manquait précédemment) ou soit arrêter la pratique de l’islam entièrement.

3) Une sévérité caractérisée qui se retrouve dans leurs manières de traiter les autres musulmans non-salafis, en croyant dans leur exclusivité salvifique. Une telle attitude engendre immanquablement un niveau d’arrogance et de vanité parmi les salafis de base, et rappelle les (mais n’est pas identique aux) khârijites.

Cela explique aussi l’attention disproportionnée à identifier les déviants et les déviations, qui a mené au résultat absurde où certains salafis débutants en savent plus sur les croyances erronées que sur les croyances correctes. Les madkhalis en sont l’exemple typique : n’importe quel converti récent à l’islam se trouvant parmi eux est capable de réciter une liste de savants qui sont en dedans ou en dehors du manhaj salafi, mais aura du mal à mentionner autant de noms de Compagnons. Ils connaîtront la méthode correcte pour saluer les déviants mais seront ignorants des adhkâr du matin et du soir. Malheureusement ceci n’est pas exclusif aux salafis madkhalis. La question que ce mouvement doit se poser est : est-ce que l’islam réside dans l’investigation obsessive des erreurs des autres, ou bien est-ce pour devenir un modèle dans la propagation du bien ?

« Bien heureux est celui qui est occupé par ses défauts, plutôt que ceux des autres » (Musnad Al-Bazzâr)

4) Beaucoup de courants salafis adoptent une position extrémiste face aux bid’as et aux mubtadi’. Cela a conduit à ce qu’ils soient moqués par les autres musulmans ; même les profanes reconnaissent que c’est ultra-rigoriste de considérer comme hérésie religieuse la présence de lignes de prière sur la moquette de la mosquée !
Un autre problème est celui du traitement des personnes déviantes. Les salafis prennent les propos des salafs concernant le traitement des groupes hérétiques comme ils prendraient du Qour’âne et de la Sounnah. Seulement le traitement des innovateurs présenté par certains salafs est quelque chose qui doit être compris à la lumière des Textes Sacrés, et devant être recontextualisé dans son époque.

Les droits de fraternité, comme définis par notre Prophète , prennent le dessus sur les propos de n’importe quel savant, et la manière de traiter ceux qui s’opposent à la vérité varie selon le temps, le lieu, l’individu, la déviation précise et le contexte. La religion d’Islam ne prône pas en soi une culpabilité par association. Les jugements des salafs de même que leurs ijtihâd doivent être compris comme applicable et valide dans leurs circonstances.
Les salafis contemporains doivent comprendre que la France du 21e siècle (ou l’Angleterre, ou les USA) n’est pas la Baghdad du 7e siècle et il serait malavisé et non-islamique de détourner des fatawa des salafs en les préférant aux textes explicites du Qour’âne et de la Sounnah qui exhortent à la fraternité islamique. Il est regrettable que les salafis aient une réputation de diviser beaucoup de communautés, de généraliser le takfîr de sectes spécifiques, et de se dissocier de ceux qui ne sont pas d’accords avec eux.

5) Des erreurs de priorités. Le Prophète Mouhammad a dit « Concentrez-vous sur ce qui vous profite ». Pour certains salafis, le succès repose dans la réfutation des déviants. Ils se divertissent en rédigeant des tonnes de réfutations contre les gens, les mettant en garde de se dissocier des déviants en utilisant un langage agressif et sec pour soi-disant corriger.

Les défis auxquels la Oumma doit faire face n’est plus la mauvaise interprétation des Noms d’Allah et de ses Attributs ni la validité de la commémoration du Mawlid. Nul doute, certaines personnes à un certain niveau doivent discuter de la réalité du Mawlid, des Attributs d’Allah et des autres aspects de la foi. Mais ce ne sont pas les défis de notre époque, et ils ne posent pas de problème à la foi de nos jeunes garçons et filles. Ce sont là des polémiques du passé : les salafis et les acharis peuvent aller débattre de ces aspects entre eux, et moi aussi en tant que théologien je serais content de participer à ces débats dans des forums et devant une audience appropriés. Mais la vaste majorité de nos jeunes se moque éperdument de ces discussions théoriques abstraites et non tangibles. Ils luttent à conserver la foi dans la religion face aux défis posés par le darwanisme, le sécularisme, le post-modernisme, l’humanisme, le libéralisme et les milliers d’autres ismes, alors que les salafis (ainsi que les acharites et les soufis) débattent dans leurs cercles des problèmes qui ne concernent que les 0.1 %.

L’islam connaît des attaques idéologiques sans précédents de la part du sécularisme radical, ces attaques cherchent à rendre l’Islam en particulier – et la religiosité en général – un anathème à la société moderne. Le Nouvel Athéisme et le scientisme sont de plus en plus en vogue parmi les intellectuels publics. La culture moderne pue le matérialisme, l’hédonisme, la pornographie et l’exploitation sexuelle. Les idéologies extrêmes, y compris le féminisme radical, abondent. Très franchement, il est rare de trouver un savant salafi qui serait calé ne serait-ce que pour discuter de ces problèmes, et encore moins pour les réfuter. Et quand on trouve ce genre de savant, cela ne vient pas de son apprentissage de salafi mais plutôt en dépit de sa formation.

Les maux de sociétés antiques que l’Islam est venu éradiquer continuent de gangréner le monde musulman. Les problèmes sociétaux sont endémiques, les abus domestiques et sexuels, la violation des droits des travailleurs, le racisme, la corruption, etc. deviennent de plus en plus répandus, et pourtant tous ces problèmes sont mis sur la touche. C’est inexcusable que des juristes propagent fougueusement leurs opinions personnelles sur l’interdiction pour les femmes de conduire, ou de critiquer incessamment la célébration du Mawlid par exemple, tout en mettant de côté le caractère répandu et endémique du mauvais traitement des travailleurs étrangers, de l’exploitation sexuelle des travailleuses domestiques, des problèmes de corruption et de wâsita (avoir un ami au poste approprié qui aide), et autres tendances bien connues de leurs sociétés.
Tout Islam qui ne se préoccupe pas des droits des opprimés et de ceux qui sont piétinés est loin de la Sounnah du bien aimé Prophète ﷺ dont les derniers mots nous ont exhorté à satisfaire les droits des plus faibles de la société.

6) Le traitement des femmes. En grande partie, le mouvement salafi moderne relègue la femme au niveau de ce qui serait tout juste considéré comme inhumain. Une simple manifestation en est que la seule mention du nom de la femme ou de la femme du meilleur ami est censurable. Si le nom d’une femme est considéré tabou, que dire de son rôle dans la société à proprement parler ? La communauté musulmane a besoin de sœurs intelligentes et éloquentes capables d’expliquer la réalité de cette religion face aux interprétations des extrémistes féministes.

Le traitement des femmes ne se manifeste pas juste par, disons, l’interdiction des saoudiennes de conduire (ce qu’incroyablement la plupart des savants saoudiens interdisent comme faisant parti de la religion jusqu’à aujourd’hui). Malheureusement, certains segments des salafis occidentaux sont devenus tristement célèbres pour leurs mariages et divorces en séries, profitant de l’isolement sociale de mères divorcées ; les enfants sont engendrés et abandonnés et la fornication elle-même est devenue rampante. Pour être clair ceci a eu cours chez des salafis américains et anglais et se manifesta en une réalité qu’aucun religieux n’aurait justifié islamiquement. Cependant ces symptômes étaient si ordinaires qu’on ne pouvait pas les ignorer, cela illustre le problème sous-jacent de la vision des femmes par les salafis, et de façon générale un manque de tarbiyya.

7) Une allégeance inconditionnelle à un « groupe de savants » qui servent d’arbitres finaux dans toutes les affaires. Pour un mouvement qui se veut être le champion de la libre pensée et qui rejette le suivi aveugle, il est malheureux que la plupart des salafis soient sectaires et étroits d’esprits au sujet du suivi des Kibar (savants séniors). Le fait que ces kibar soient tous typiquement d’une nationalité particulière et nommés par le gouvernement, est rarement rappelé dans une conversation polie. La religion de l’Islam, et donc le crédo athari, n’ont pas de gardiens humains spécifiques qu’Allah aurait nommé comme représentants divins de Sa Volonté sur Terre. Ne pas être en accord avec un groupe de savants, peu importe leurs anciennetés, ne signifie pas à être en désaccord avec Allah et Son Messager ﷺ.

Notre Prophète a énoncé que « Les Savants sont les héritiers des Prophètes ». Je ne suis pas en train de contester l’importance et le besoin de l’érudition islamique elle-même (Allah nous en préserve), je ne suis pas non plus en train de prétendre que les étudiants de ‘ilm débutants soient autorisés à rejeter sans réserves les savants qui sont plus érudits. Ce qui est disputé est de limiter les savants à un groupe de savants similaires, homogènes et d’une même nationalité. Les savants de l’Islam sont abondants et sont retrouvés dans toutes les ethnies, et les salafis devraient être assez ouverts d’esprit pour prendre de chaque savant de sa spécialité. Les salafis feraient bien de se souvenir que parmi les critiques les plus virulents de Ibn Taymiyyah lui-même figuraient ses camarades hanbalites damascènes (les kibar du 8e siècle), qui ne pouvaient comprendre pourquoi il voulait changer le style d’écriture et la méthode d’enseignement auxquels ils étaient habitués.

8) Une compréhension sévèrement handicapée de l’arène politique moderne. On se demande comment quelqu’un qui prétend suivre Ibn Taymiyya, et qui lit de première main combien fréquemment il mettait en cause les gouverneurs publiquement, peut adopter une attitude si quiétiste, servile et obséquieuse envers les dirigeants dont les crimes excèdent de loin ce que faisaient les gouverneurs du temps de Ibn Taymiyya.
Je ne demande pas à ce que ces savants appellent à la guerre civile, mais je dis qu’une position intermédiaire doit être retrouvée, où les violations publiques des dirigeants seraient dénoncées publiquement. L’Islam demande des savants qu’ils surveillent les gouverneurs, et pas le contraire. Comme ça l’est actuellement, la position traditionnelle de beaucoup de salafis saoudiens est que toute critique des gouverneurs actuels équivaut à une déviation théologique. Alors que j’écris ces lignes, des mesures sont décrétées par la famille régnante de cette région envers les Frères Musulmans et leurs partisans, et le silence des savants face à cette injustice flagrante est assourdissant. Pour ce qui est de la position des salafis égyptiens, telle que représentée par le parti Nour d’Égypte et leurs soutiens au régime de Sissi, c’est trop pathétique pour en faire une réfutation. Et la liste de telles positions n’en finit pas.

Conclusion

Rachid Rida (mort en 1935) a été le premier savant à populariser le terme ‘Salafi’ pour décrire un mouvement particulier qu’il mena. Ce mouvement chercha a rejeter l’ossification des madhâhib, et à repenser les questions classiques de fiqh et de modernité, parfois dans des façons très libérales. Un jeune et bourgeonnant savant du nom de Al-Albani lut un article de Rida, puis repris ce terme et l’utilisa pour décrire un mouvement autre et complètement différent. Ironiquement, le mouvement que Rida mena devint finalement l' »islam moderniste » et délaissa l’étiquette « salafi », et la méthode juridique dont Al-Albani se fit le champion – avec un chevauchement minime avec la vision de l’islam de Rida – retint l’appellation Salafi. Par la suite le terme d’Al-Albani fut également adopté par la da’wah najdî jusqu’à s’étendre à toutes les tendances du mouvement. Alors qu’avant ce siècle, le terme de ‘Salafi’ n’était pas une appellation utilisée communément ni un nom propre.
Ainsi le terme ‘Salafi est un terme moderne qui s’est attaché à une école de théologie ancestrale, l’école Atharite.

Je crois que le mouvement salafi est un mouvement humain, comme tous les autres mouvements de l’islam. Ceci car Allah n’a pas révélé de « mouvement salafi », mais il a plutôt révélé le Qour’ân et nous a envoyé un Prophète ﷺ. Le mouvement salafi est tout aussi humain que les gens qui le compose, ce qui veut dire que ses erreurs seront des erreurs d’hommes. Ceci explique pourquoi il n’y a pas « un seul » mouvement salafi mais plutôt une variété de mouvements divers qui peuvent tous être regroupés sous la catégorie du salafisme. Je crois qu’aucun mouvement ne peut prétendre représenter la compréhension exacte de l’Islam, et nul doute que certains sont plus près de la vérité dans certaines affaires que d’autres, chaque mouvement étant humain et faillible. Je ne crois pas qu’une secte, groupe ou théologie ait le monopole de la Vérité.

Le groupe salafi comme ensemble a des idéaux nobles qu’il essaie d’atteindre, mais on ne peut pas en ignorer ses fautes nombreuses pour autant. Quelqu’un pourrait se demander « N’est-il pas possible d’isoler le salafisme de ces points négatifs, d’en garder les éléments positifs et de le rediriger pour un meilleur cap ? » C’est ce que beaucoup parmi le mouvement cherchent à faire en effet, et en toute honnêteté je soutiens de tels efforts, que ce soit dans le salafisme ou dans toutes les mouvances de l’islam. Seulement, la question devient : quand tellement d’erreurs méthodologiques et de points négatifs sont associées avec un label, et que ce label ne reflète plus ce à quoi il aspirait à l’origine, alors pourquoi continuer de s’identifier avec ? C’est d’autant plus le cas quand on réalise que ce label n’a aucune valeur religieuse intrinsèque et a été en fait popularisé que très récemment dans l’histoire islamique.

En raison de cela, je ne me considère plus comme faisant parti d’une des mouvances salafies discutées précédemment. Pour ceux qui veulent toujours s’identifier avec cette étiquette, je prie que vous reconnaissiez les fautes citées ci-dessus et travailliez à les rectifier. Ceux qui abandonnent ce label ont également le droit d’en faire autant. L’Islam est plus vaste qu’une seule étiquette.

Alors qu’après deux décennies de recherches continues, je continue d’adhérer au dogme athari et le conçois comme étant le plus sûr et le plus authentique des crédos, l’Islam est plus qu’une liste de points énonçant des croyances, et ma loyauté ultime ne sera pas pour un crédo dérivé d’hommes mais à Allah et à son Messager , puis aux gens ayant un îmâne et une taqwâ authentiques.

Ainsi j’ai plus d’affinité et de fraternité avec un tablîghî modéré, avec qui j’aurais des différences dans certaines questions de fiqh et de théologie, avec une religiosité et un soucis pour la Oummah auxquels je peux m’identifier, plutôt qu’avec un salafi endurci dont la seule préoccupation sera la longueur de mon pantalon et le fait que je ne cite pas assez des kibar qu’il admire. De même pour un soufi modéré, qui me verra comme un frère croyant en Allah et en Son Messager , avec des différences triviales, quand le salafi standard m’aura déjà classifié et rangé en se basant sur ses perceptions préconçues, avec pour seule pré-occupation de « mettre en garde » contre moi. Et alors que je serais d’accord avec le salafi  qu’Allah a réellement istawâ ala al-Arsh (établissement sur le Trône) dans une manière qui Lui sied, sa myopie et son étroitesse d’esprit quant aux problèmes auxquels notre Oummah fait face, et l’outrecuidante arrogance de sa mentalité cultiste seront un majeur repoussoir pour moi personnellement, et néfaste pour la Oummah dans son ensemble. Ainsi je ressens plus d’affinité pour un soufi modéré qui lit plus de Qour’âne que je ne le fais et qui est plus conscient de sa consommation halal que moi, que je n’en ai avec un fanatique salafi duquel aucune religiosité n’est vue en dehors de réciter des croyances et de réfuter les déviants. Cela ne fait pas du soufi un véridique dans sa théologie, c’est juste une indication que l’Islam, et les allégeances islamiques, est plus vaste que certaines questions.

Ceux qui ont des vieilles rancunes à l’encontre du salafisme utiliseront peut-être cet article pour dénigrer le salafisme. Pour tous ceux qui voudraient exulter de cette analyse du salafisme, réalisez que vos mouvements sont tout aussi humains que le salafisme et que je garde pour ma part la théologie identique à celle que j’avais il y a vingt ans.

 

En d’autres mots, je crois que chaque mouvement islamique est humain, avec ses points positifs et négatifs, et alors que certains mouvements sont plus près de la Sounnah du Prophète ﷺ dans certains domaines, aucun mouvement avec ses savants humains ne peut prétendre être le représentant officiel de la religion d’Allah sur Terre. Parmi tous les mouvements, les salafis ont fait de grandes contributions dans le domaine de la croyance, mais ça ne les rend pas des champions de la vérité dans chaque domaine islamique. On doit prendre le bon d’eux et corriger leurs erreurs quand c’est possible, d’une manière sage et courtoise.

À noter que je garderai toujours du respect pour ce mouvement qui m’a modelé en grande partie et notamment ses savants dont j’ai beaucoup appris et que j’ai admiré, même s’il y a des désaccords dans des questions méthodologiques. Aussi si quelqu’un y voit une grande dureté dans certains endroits de l’article, je m’en excuse car mon intention n’est pas d’insulter ni de calomnier. Si de la dureté est ressentie peut être est-ce parce qu on espérait mieux d’un mouvement qui prétend suivre les salafs de cette Oummah. C’est mon profond désire que le salafisme, et tous les mouvements islamiques en général, suivent les idéaux pures auxquels notre religion appelle et que notre Prophète a personnifié.

En conclusion, la meilleure des paroles est la Parole d’Allah, la meilleure des guidances est la Guidance de Son Messager , et tous les pieux et sincères musulmans, salafis comme non salafis, essaient de comprendre et d’implémenter au mieu, du meilleur de leurs habilités, la Meilleure de toutes les paroles, et la Meilleure des guidances.

Traduit partiellement et réadapté de On Salafi Islam, de Yasir Qadhi, http://muslimmatters.org/2014/04/22/on-salafi-islam-dr-yasir-qadhi/, consulté le 25/12/2015